Il n’existe pas de babillard officiel — et ce n’est pas un oubli

La première chose à savoir, parce qu’elle fait économiser des semaines : personne ne publie « tous les castings du Québec ». Ni l’UDA, ni l’ACTRA, ni le gouvernement, ni un site privé. Un syndicat négocie des ententes et gère des statuts ; ce n’est pas une agence de placement, et il ne se met pas entre un directeur de casting et les interprètes.

La raison est structurelle. Un appel de casting n’est pas une offre d’emploi qu’on publie pour rejoindre le plus de monde possible : c’est une demande précise qu’un directeur de casting envoie aux quelques agences dont la liste contient le profil recherché. Diffuser plus large lui coûterait des centaines de candidatures hors sujet à trier. La diffusion restreinte est une fonctionnalité pour lui, pas une négligence.

Presque toutes les agences artistiques du Québec, et la quasi-totalité des directeurs de casting, sont à Montréal ; c’est aussi là que se tourne la majorité de la fiction et de la publicité. Un casting à Montréal a donc plus de chances de passer par le circuit fermé, et un casting en région d’en sortir.

Ce qui déborde de ce circuit — la figuration, les projets étudiants, les courts métrages, la publicité à petit budget, le théâtre d’été, les productions qui n’ont pas d’agence attitrée — se retrouve sur des canaux publics. C’est là que se joue la recherche quand on n’a pas d’agent, et c’est beaucoup de monde : la majorité des interprètes qui travaillent au Québec n’ont pas de représentation exclusive.

Les cinq canaux, et ce que chacun voit

Aucun canal ne voit ce que les autres voient. C’est le point le plus important de cette page : ce n’est pas qu’un canal soit meilleur, c’est qu’ils ne se recoupent presque pas.

Canal Ce qui y passe Accessible sans agent ?
Agences artistiquesLes breakdowns des directeurs de casting : fiction, pub nationale, doublage, les rôles payantsNon — c’est l’agence qui soumet
Groupes FacebookFiguration à Montréal et en région, courts métrages, projets étudiants, pub locale, appels de dernière minuteOui, entièrement
Plateformes de profil
Casting Workbook, Actors Access
Votre fiche y est hébergée ; les soumissions passent souvent par l’agentEn partie, par abonnement
Appels publicsAgences de figuration, castings sauvages, appels ouverts d’une productionOui
Bouche-à-oreilleLe remplacement de la veille, le rôle jamais annoncéOui, si vous êtes déjà dans le milieu

Lu comme il faut, ce tableau dit une chose désagréable : le canal qui porte les rôles les mieux payés est celui qui vous est fermé tant que vous n’avez pas d’agent, et le canal qui vous est ouvert est celui qui demande le plus de temps de tri. Ce n’est pas une question d’effort, c’est la forme du réseau.

Le canal que tout le monde sous-estime, et son coût réel

Les groupes Facebook sont, au Québec, le canal public le plus actif. C’est là que passent la figuration, les courts métrages, une bonne partie de la pub locale et à peu près tous les appels de dernière minute. C’est gratuit, c’est immédiat, et ça marche : des gens y trouvent du travail toutes les semaines.

Le coût n’est pas le prix, c’est l’attention. Un appel utile y est noyé dans les questions, les remerciements, les publications de l’an dernier remontées par un commentaire, et les annonces qui ne vous concernent pas — mauvais âge, mauvaise région, mauvais statut syndical. Les gens qui réussissent sur ce canal font tous la même chose : ils regardent tous les jours, souvent le soir, souvent plusieurs groupes. C’est une demi-heure par jour, tous les jours, pour ne pas rater le message qui compte.

Et un appel raté ne se rattrape pas. Une audition annoncée le mardi pour le jeudi est passée quand vous la lisez le vendredi.

Ce qui ressemble à un casting et n’en est pas

Un canal ouvert est ouvert à tout le monde, y compris à ceux qui n’ont pas de rôle à offrir. Quatre signaux, et un seul suffit à refuser :

  • On vous demande de l’argent. Frais d’inscription, « frais de dossier », séance photo obligatoire chez un photographe imposé. Une agence légitime est payée par un pourcentage de vos cachets, jamais d’avance — c’est la règle qui trie le plus vite.
  • La production est floue. Pas de titre, pas de maison de production, pas de nom de directeur de casting, ou une « grande marque internationale » qui ne peut pas être nommée.
  • Le recrutement se fait en message privé par quelqu’un qui vous a trouvé sur les réseaux et qui presse.
  • On demande des photos que le rôle ne justifie pas, ou un essai en sous-vêtements « pour vérifier la silhouette », avant tout contrat.

Une audition légitime peut être exigeante, mal payée, mal organisée. Elle ne vous coûte pas d’argent pour y accéder.

Sans agent : l’ordre dans lequel s’y prendre

L’erreur la plus commune est de commencer par la fin — écrire aux agences avant d’avoir quoi que ce soit à montrer. L’ordre qui fonctionne :

  1. S’inscrire aux agences de figuration. C’est ouvert, ça ne demande ni carte ni formation, et ça met un pied sur des plateaux réels. Voir comment devenir figurant au Québec.
  2. Se donner du matériel. Une photo qui vous ressemble aujourd’hui, et une selftape correcte — c’est le format par lequel passe désormais la majorité des premiers tours. Voir comment faire une bonne selftape.
  3. Couvrir les canaux publics tous les jours, pas une fois par semaine. C’est là que le temps se perd, et c’est le seul point de cette liste qu’un outil peut vous enlever.
  4. Accumuler des crédits — courts métrages, projets étudiants, théâtre. C’est ce qu’une agence regarde, et c’est aussi le chemin vers un statut syndical.
  5. Écrire aux agences en dernier, quand il y a quelque chose à lire. Voir comment entrer dans une agence artistique et les agences du Québec.

Ce que Castflow fait de ce problème

Castflow ne publie pas de rôles et n’en crée pas. Il s’attaque à l’étape 3 de la liste ci-dessus, la seule qui soit du temps pur : il suit les canaux publics en continu et ne montre à chaque personne que les appels qui correspondent à son profil, à son statut syndical et à sa région. Ce qui ne matche pas n’apparaît pas.

Ce n’est pas une agence : aucune commission, aucune représentation, personne ne parle en votre nom, et ça ne remplace pas un agent — un agent vous ouvre le canal 1, qu’aucun outil ne peut ouvrir à votre place. C’est utile en complément d’une agence autant que sans agence ; plusieurs personnes qui en ont une regardent Facebook tous les soirs quand même.