Le son avant l’image

C’est contre-intuitif et c’est pourtant la règle numéro un : une selftape un peu sombre reste regardable, une selftape dont on n’entend pas bien le texte est éliminée en dix secondes.

Le microphone d’un téléphone récent est suffisant si la pièce l’est. Cherchez une chambre plutôt qu’un salon : lit, rideaux, tapis, garde-robe ouverte — tout ce qui est mou absorbe l’écho. Coupez le ventilateur, le climatiseur et le frigo si vous l’entendez, et attendez que la rue soit calme. Restez à moins de deux mètres de l’appareil.

Faites toujours un essai de dix secondes que vous écoutez au casque avant de tourner la vraie prise. C’est là qu’on entend le bourdonnement qu’on ne remarquait plus.

La lumière, en une phrase

Mettez-vous face à une fenêtre, de jour, sans lumière derrière vous. C’est tout.

Ce qui casse une image : une fenêtre dans le dos, qui vous transforme en ombre ; un plafonnier seul, qui creuse les yeux ; et un mélange de lumière du jour et d’ampoules jaunes, qui donne un teint verdâtre. Si vous tournez le soir, deux lampes de part et d’autre de l’appareil, à hauteur de visage, valent mieux qu’un plafonnier.

Le cadrage et le fond

Le cadre par défaut est le plan poitrine : la tête complète, un peu d’air au-dessus, jusqu’au haut du torse. Certaines demandes exigent un plan large en plus — faites-le en second, pas à la place.

L’appareil doit être à hauteur de vos yeux et stable. Un support à dix dollars règle le problème définitivement ; un empilement de livres aussi.

Le fond : un mur uni, gris, beige ou bleu pâle, à un mètre au moins derrière vous pour éviter les ombres portées. Pas de bibliothèque, pas de cadres, pas de plantes, pas de fond vert. Vous portez des vêtements unis qui suggèrent le personnage sans le costumer.

Le partenaire de lecture

La différence la plus visible entre une selftape d’amateur et une selftape professionnelle tient là.

Faites lire les répliques par une personne réelle, placée juste à côté de l’objectif, hors champ, et qui parle plus bas que vous. Vous la regardez elle. Cela donne un regard vivant, une écoute réelle et des respirations justes — trois choses qu’aucune lecture enregistrée à l’avance ne produit.

Regardez l’objectif seulement si la demande le précise : c’est le cas pour beaucoup de publicités et pour les présentations.

La présentation, et le fichier

Si une présentation est demandée, elle est courte : nom, taille, ville, et rien d’autre. Elle se tourne séparément de la scène, et on ne recommence pas la scène pour rattraper une présentation ratée.

Nommez le fichier Prénom Nom — Rôle — Projet. Un directeur de casting reçoit des centaines de vidéos : un fichier qu’il ne peut pas retrouver est un fichier qui n’existe pas. Envoyez par le moyen demandé, avec un lien qui n’expire pas — un lien de partage gratuit qui meurt au bout de sept jours est une candidature qui disparaît pendant que la décision se prend.

Enfin : envoyez la meilleure prise, pas les quatre. Choisir fait partie du travail.

L’audition libre, et pourquoi c’est un autre exercice

Une audition libre se prépare autrement qu’une selftape : on y est vu en personne, souvent brièvement, et on n’a pas de deuxième prise.

Ce qui la fait bien se passer : connaître le texte au point de pouvoir lever les yeux, arriver quinze minutes d’avance, s’habiller de façon à suggérer le rôle sans le costumer, et avoir décidé à l’avance d’une intention claire — quitte à ce qu’on vous demande autre chose. Une direction donnée sur place est un bon signe : elle veut dire qu’on vous essaie.

Et une chose qu’on oublie : notez, en sortant, ce qu’on vous a demandé et par qui vous avez été reçu. Le milieu est petit, et ces notes valent de l’or trois ans plus tard.

Ce que ça devrait coûter

Zéro. Un téléphone, une fenêtre, une pièce sourde, un mur uni et quelqu’un pour donner la réplique.

Que des studios de Montréal louent une salle d’audition autour de soixante dollars l’heure — envoi de l’audition au client inclus — et qu’un cours entier de formation continue soit consacré au selftape en dit long sur l’ampleur du point de douleur. Ces services sont utiles quand on n’a vraiment pas d’espace, mais ils ne devraient pas être la condition pour auditionner.