C’est quoi, un acteur — et un comédien ?

Au Québec, on dit plus souvent comédien qu’acteur, et les deux mots désignent la même chose : quelqu’un dont le métier est d’interpréter un rôle. « Comédien » est le terme d’usage dans le milieu et celui qu’emploient l’UDA et les producteurs, sans aucun rapport avec la comédie comme genre.

En quoi consiste réellement le métier ? Une petite partie est du jeu. Le reste, c’est chercher des projets, préparer des auditions, tourner des selftapes, négocier des contrats, faire ses factures et gérer de longues périodes sans travail. Les gens qui abandonnent le font presque toujours à cause de cette deuxième partie, pas de la première.

Faut-il une formation ?

Non, et c’est vérifiable : beaucoup d’interprètes qui travaillent au Québec n’ont jamais fait d’école de théâtre. Mais l’absence de formation se paie ailleurs, en années.

Les voies existantes, du plus au moins formel :

  • Les écoles professionnelles et conservatoires — trois ans, formation au jeu pour le théâtre comme pour le cinéma, admission sur audition, et un réseau de finissants que les agences suivent de près.
  • Les programmes collégiaux en interprétation, plus accessibles à la sortie du secondaire.
  • Les studios privés de Montréal — Ateliers Fichaud, Studio d’acteurs Gilles Plouffe, Studios Tapis Rouge, Atelier Louise Boisvert, House of Actors MTL, Atelier Aire de Jeu, entre autres. On y entre sans diplôme, souvent après une rencontre-audition, et on y travaille à l’année.
  • La formation continue, comme les cours de jeu devant la caméra et de selftape offerts par l’INIS, utiles quand on a déjà une base et un trou précis à combler.

Devenir acteur sans formation est donc possible. Ce qui ne l’est pas, c’est de devenir acteur sans jamais jouer devant quelqu’un qui vous dit ce qui ne marche pas.

L’UDA, ACTRA, et à quoi sert un statut

L’Union des artistes régit le travail des interprètes de langue française au Québec. On n’y adhère pas en postulant : on y entre en décrochant un contrat sur une production régie, ce qui donne le statut de stagiaire. Après un nombre suffisant de cachets, on devient membre actif.

L’ordre de grandeur compte, parce qu’il dit quelque chose de rassurant : selon les chiffres publiés par l’UDA, l’effectif tourne autour de treize mille artistes, dont environ huit mille cinq cents membres actifs et plusieurs milliers de stagiaires — et le bassin de stagiaires grossit d’année en année. Autrement dit, « commencer sans être encore établi » n’est pas une anomalie : c’est le cas de milliers de personnes en ce moment.

Du côté anglophone, ACTRA Montréal regroupe environ quatre mille membres. Son programme d’accès à partir du travail de figuration — quinze jours de figuration dans les douze derniers mois — est littéralement une porte d’entrée pour quelqu’un qui n’a ni agent ni formation.

Comment un acteur est payé

Un interprète n’a pas de salaire. Il est payé au cachet : un montant par journée de tournage, par jour de répétition, ou par engagement, fixé par l’entente collective quand la production est régie.

À ce cachet s’ajoutent, selon les cas, des droits d’utilisation : une publicité rediffusée, une série vendue à l’étranger ou une reprise plus tard peuvent générer des montants longtemps après le tournage. C’est une part importante et mal comprise du revenu réel — et c’est aussi la partie qu’il est le plus facile de se faire escamoter quand on ne connaît pas les ententes.

Trois conséquences pratiques : le revenu est irrégulier, il faut mettre de l’argent de côté pour les impôts parce que rien n’est retenu à la source, et il faut savoir lire un contrat. Les regroupements d’acteurs et le syndicat existent en bonne partie pour cette dernière raison.

À 13 ans, à 40 ans, sans formation, en région

Commencer jeune. Un mineur travaille avec l’autorisation d’un parent et dans un cadre horaire strict. Le chemin est le même, en plus lent : cours, figuration, courts métrages, et une agence jeunesse quand le volume le justifie. Aucune agence sérieuse ne demande d’argent aux parents pour représenter un enfant.

Commencer tard. C’est un avantage plus qu’un handicap. Les productions manquent chroniquement d’interprètes de 50 ans et plus, et un visage d’adulte crédible est une denrée rare.

Sans formation. Voir plus haut : possible, plus long, et il faut compenser par du volume de plateau.

En région. Le gros du travail se tourne à Montréal, mais les productions se déplacent et cherchent alors des gens sur place. Casting-Québec existe précisément pour la région de Québec.

Netflix, Hollywood, et la question de la notoriété

Il n’y a pas de guichet Netflix. Les plateformes ne castent pas : elles commandent des productions à des maisons de production, qui engagent des directeurs de casting, qui contactent des agences et des interprètes. Être « dans une série Netflix » au Québec, c’est donc simplement être casté sur une production québécoise que Netflix a achetée — par le même chemin que n’importe quel autre projet.

Pour les États-Unis, il faut un visa de travail, une représentation américaine et généralement un corps d’œuvre existant. Ce n’est pas une première étape, c’est une conséquence.

Quant à devenir connu : la notoriété est un sous-produit du travail accumulé, jamais une stratégie. Les gens qui la visent directement se retrouvent à faire de la promotion d’eux-mêmes plutôt que du métier.

Ce qui bloque vraiment les gens

Après la formation et le premier contrat, le problème n’est presque jamais le talent. C’est la distribution de l’information.

Les appels circulent dans des groupes Facebook, des courriels de regroupements, des infolettres et des fils privés. Dans notre étude auprès d’interprètes québécois, la grande majorité déclarait chercher ses contrats dans des groupes Facebook — y compris des gens qui ont déjà une agence. Le résultat est une veille quotidienne, non payée, où l’on tombe la plupart du temps sur des rôles pour lesquels on ne correspond pas.

C’est ce que Castflow renverse : au lieu de chercher, on reçoit. Nous suivons les projets publiés — 29 522 à ce jour — et chaque personne ne voit que ceux qui correspondent à son profil, son statut syndical et sa région.