Votre enfant de 11 ans veut « passer à la télé ». Une agence vous répond, vous demande 400 $ d'inscription et une séance photo chez leur photographe. Est-ce que c'est normal ? Voici les réponses, avec les sources.
J'ai commencé ce métier à 14 ans, en 2020. Pas par une agence, pas par un book, pas par une séance photo. Pendant la pandémie, ma mère m'avait inscrit à un cours de capsules humoristiques en ligne. J'en ai fait quatre ou cinq, ma mère les a publiées sur son Facebook, et une agente les a vues passer. Elle a trouvé ça drôle et naturel, elle a écrit à ma mère, et c'est comme ça que je me suis ramassé dans une agence artistique.
Mon premier plateau a été un petit projet non rémunéré, une émission de science pour enfants où je jouais mon propre rôle. Je n'y ai pas appris à jouer, j'y ai appris comment un plateau fonctionne. Ensuite une formation, ensuite des auditions, ensuite un premier rôle dans la série jeunesse Famille Magique.
Je raconte ça pour une raison précise : ma mère, elle, ne savait rien de tout ça. Elle a pris ses décisions à l'aveugle, exactement comme vous êtes peut-être en train de le faire. Cet article est celui que j'aurais voulu qu'elle puisse lire en 2020.
Il ne vous vendra pas le rêve et il ne vous dira pas non plus de laisser tomber.
Les réponses courtes
- Un agent d'artiste ne peut pas réclamer plus de 15 % du cachet brut de votre enfant, selon le code de déontologie de l'Association québécoise des agents artistiques (AQAA).
- L'âge minimum pour travailler au Québec est 14 ans, mais l'interprétation artistique est une exception prévue par la loi. Un enfant de 6 ans peut donc légalement jouer dans une pub, avec le consentement écrit d'un parent sur le formulaire de la CNESST.
- 25 % du cachet d'un artiste de moins de 18 ans est retenu et investi jusqu'à sa majorité par le Fonds enfants-artistes de l'UDA. Vous ne touchez pas à cet argent.
- L'UDA n'a aucune juridiction sur les agences artistiques. Personne ne « certifie » une agence au Québec. La vérification, c'est vous qui devez la faire.
- Non, ça ne prend pas d'agence pour commencer, et ça n'en prend surtout pas une qui vous facture avant d'avoir décroché quoi que ce soit.
C'est quoi une agence artistique, exactement ?
Une agence artistique représente des artistes auprès des productions. Elle reçoit les demandes de rôles (les « breakdowns »), propose ses artistes, négocie les cachets et prend une commission sur les contrats obtenus. Elle est payée par l'artiste, pas par la production.
Quatre acteurs différents se mélangent constamment dans la tête des parents. Voici qui fait quoi.
| Qui | Ce qu'il fait | Qui le paie |
|---|---|---|
| L'agence artistique | Représente votre enfant, le soumet aux projets, négocie | Vous, en commission sur les contrats |
| Le directeur de casting | Cherche le bon visage pour une production donnée | La production |
| Le studio de cours | Enseigne le jeu devant la caméra | Vous, à l'avance |
| Le producteur | Engage et paie votre enfant | Personne, c'est lui qui paie |
Retenez surtout la dernière colonne. Quand une même entreprise apparaît dans deux lignes de ce tableau, posez des questions. Une agence qui vend aussi des cours à ses propres talents n'est pas illégale, mais son intérêt financier n'est plus aligné avec le vôtre.
À quel âge un enfant peut-il devenir acteur au Québec ?
Il n'y a pas d'âge minimum pour jouer. Depuis le 1er juin 2023, l'âge légal pour travailler au Québec est de 14 ans, mais la loi prévoit une exception explicite pour l'enfant qui travaille comme créateur ou interprète dans un domaine de production artistique. Un bébé peut donc figurer dans une publicité.
Ce qui change avant 14 ans, c'est la paperasse. L'employeur doit obtenir votre consentement écrit sur le formulaire de la CNESST, où sont indiquées les tâches, le nombre maximal d'heures par semaine et les disponibilités de l'enfant. Il doit le conserver trois ans. Tout changement exige un nouveau consentement.
Trois règles s'appliquent ensuite à tout enfant soumis à l'obligation de fréquentation scolaire, donc jusqu'à 16 ans :
- Pas de travail pendant les heures de classe.
- Maximum 17 heures par semaine, en période scolaire.
- Maximum 10 heures du lundi au vendredi. L'été, les limites tombent.
L'UDA ajoute ses propres règles par-dessus. Ses ententes collectives contiennent un chapitre entier de conditions particulières régissant les enfants, et la durée de la journée de travail varie selon l'âge. Les auditions d'un enfant d'âge scolaire se tiennent habituellement après les heures de classe, sauf entente avec le parent ou la direction d'école.
Ce que ça veut dire pour vous : si une production vous demande de sortir votre enfant de l'école sans entente écrite, ce n'est pas un signe qu'il est important. C'est un signe que la production est mal organisée.
Comment devenir acteur à 12, 13, 15 ou 16 ans ?
La démarche est la même à tous ces âges, et elle tient en quatre étapes. Ce qui change, c'est le type de rôles offerts et la quantité de paperasse.
- Une photo récente, simple, prise au téléphone. Lumière naturelle, fond neutre, pas de maquillage, pas de retouche. Un directeur de casting veut savoir à quoi votre enfant ressemble aujourd'hui, pas à quoi un photographe peut le faire ressembler.
- Trois lignes de texte. Prénom, âge, taille, ville, langues parlées, ce que l'enfant fait déjà (sport, musique, danse, patin, arts martiaux). Les talents particuliers décrochent plus de pubs que le talent de jeu, à cet âge.
- Une self-tape. C'est devenu le format d'audition standard. On y revient plus bas.
- Postuler, directement. Aux agences, oui, mais aussi aux appels de figuration, aux tournages étudiants et aux courts métrages. Dans notre étude auprès de 148 acteurs et actrices du Québec, 46 % n'ont pas d'agence en ce moment, et six contrats sur dix chez les non représentés viennent de deux sources gratuites : les groupes Facebook et le bouche-à-oreille.
Il existe une cinquième voie dont personne ne parle, et c'est celle qui m'a fait entrer dans le métier : laisser l'enfant fabriquer quelque chose et le rendre public. Des capsules, des sketchs, des petites vidéos. Ce n'est pas du marketing, c'est simplement la seule façon pour quelqu'un du milieu de voir votre enfant jouer sans l'avoir convoqué. Les agentes et les directeurs de casting regardent Facebook, Instagram et TikTok comme tout le monde.
Entre 16 et 18 ans, le marché se resserre : votre ado n'est plus « l'enfant » et pas encore « le jeune adulte ». C'est la tranche la plus ingrate et c'est normal. Ça se dégèle vers 18 ans.
Est-ce qu'il faut une agence pour que mon enfant passe des auditions ?
Non. Une agence donne accès à des demandes qui ne sont jamais publiées et elle négocie à votre place, ce qui est réel et a de la valeur. Mais elle ne garantit aucun contrat, et l'attendre pour commencer, c'est mettre la démarche en pause.
Dans notre étude, 30 % des acteurs qui ont une agence ont reçu trois auditions ou moins de cette agence en un an. Un sur huit en a reçu zéro. L'agence n'est pas un robinet.
Pour un enfant, il y a quand même un argument fort en faveur d'une bonne agence : elle connaît les ententes collectives, elle sait ce qu'un cachet devrait être, et elle dira non à une production qui déborde des heures permises. Ça, c'est un service que vous ne pouvez pas facilement vous rendre à vous-même.
Combien prend un agent d'artiste au Québec ?
Un agent artistique prend normalement 15 % du cachet brut. Le code de déontologie de l'Association québécoise des agents artistiques (AQAA) fixe ce maximum, calculé sur le cachet obtenu, en excluant la contribution du producteur, les allocations journalières, la TPS et la TVQ.
Autrement dit, sur un cachet de 1 000 $, l'agence touche 150 $ et votre enfant 850 $, moins les retenues syndicales et le Fonds enfants-artistes s'il y a lieu.
Deux nuances que peu de gens vous diront :
- Ce plafond n'est pas une loi. C'est un code de déontologie d'association professionnelle. Une agence qui n'est membre d'aucune association n'y est pas tenue.
- La commission n'est pas le seul coût. Dans notre étude, 39 % des acteurs représentés avaient payé plus de 300 $ de frais à leur agence dans les 12 derniers mois, en plus de la commission.
Une agence a-t-elle le droit de me facturer d'avance ?
Oui, c'est légal, et plusieurs agences sérieuses facturent des frais annuels de dossier. Le problème n'est donc pas l'existence des frais. Le problème, c'est la proportion.
Voici le test que je donne aux parents, et c'est le seul dont vous avez vraiment besoin.
Posez-vous une question : si cette agence ne décrochait aucun contrat cette année, est-ce qu'elle ferait quand même de l'argent avec moi ?
Si la réponse est oui, votre enfant n'est pas le talent. Votre enfant est le client. Une agence dont le revenu vient majoritairement des inscriptions, des cours obligatoires, des séances photo chez un photographe imposé et des « frais de portfolio » n'a aucune raison économique de vous décrocher un contrat.
Une agence dont le revenu vient de sa commission, elle, a exactement la même motivation que vous.
Comment savoir si une agence artistique est légitime au Québec ?
Il faut le dire clairement, parce que personne ne le dit : l'UDA n'a aucune juridiction sur les activités des agences artistiques. Elle l'écrit elle-même. Aucun organisme ne délivre de permis d'agence artistique au Québec. Il n'y a pas de « liste officielle des bonnes agences ».
Ce qui existe, par contre, ce sont des repères vérifiables. L'UDA publie sur son site la liste des agences membres de l'AQAA et de l'APRAQ, ainsi qu'un Code d'éthique en matière d'agences artistiques. C'est le point de départ le plus solide dont vous disposez.
Ensuite, cette liste de vérification en huit points.
- L'agence figure dans une des listes de l'UDA (AQAA ou APRAQ), ou elle explique clairement pourquoi elle n'y est pas.
- Elle offre des contrats UDA. Une agence sérieuse travaille avec des producteurs signataires.
- Le contrat est écrit, avec une durée, un taux de commission et une façon d'en sortir. Lisez la clause de renouvellement automatique.
- Aucune obligation d'acheter des photos chez un fournisseur imposé. Une suggestion, oui. Une obligation, non.
- Aucun cours obligatoire vendu par l'agence elle-même comme condition à la représentation.
- Vous avez une adresse, un site, des noms et des productions vérifiables. Tapez le nom d'un artiste du répertoire dans Google et voyez s'il travaille vraiment.
- Elle vous a répondu à cette question : « Combien d'enfants du même âge et du même profil que le mien représentez-vous en ce moment ? » Si la réponse est 60, votre enfant sera 60e sur la liste d'envoi.
- Vous n'avez pas été recruté dans un centre commercial ou par message privé non sollicité. Les agences réputées ne recrutent pas comme ça.
Si vous cherchez des avis sur une agence nommée, vous ne trouverez pas grand-chose, et c'est justement le problème du milieu. Remplacez la recherche d'avis par les huit points ci-dessus. Ils sont plus fiables qu'un commentaire anonyme dans un groupe Facebook.
Comment inscrire son enfant dans une agence artistique ?
Presque toutes les agences québécoises ont un formulaire de candidature sur leur site. C'est la bonne porte d'entrée. Ne vous présentez pas au bureau sans rendez-vous et n'envoyez pas de dossier à 15 agences le même jour avec le même courriel générique.
Ce qu'un dossier d'enfant doit contenir :
- Une photo de visage et une photo de plein pied, récentes, naturelles.
- Prénom, nom, date de naissance, taille, ville, langues.
- Les talents particuliers, en une ligne chacun.
- Vos disponibilités réelles de parent. C'est la variable que les agences évaluent en silence. Un enfant merveilleux dont le parent ne peut jamais se déplacer un mardi après-midi ne travaillera pas.
- Une self-tape de 30 secondes, seulement si l'agence en demande une.
Ce qu'il ne doit pas contenir : un book professionnel de 400 $, un CV gonflé, des photos de mode retouchées. À 9 ans, ça nuit plus que ça aide.
Combien gagne un enfant acteur au Québec ?
Ça dépend entièrement du type de contrat, et il n'existe pas de « salaire d'enfant acteur ». Les cachets minimums sont fixés par les ententes collectives négociées par l'UDA, secteur par secteur : la publicité paie mieux que la fiction, la figuration paie le moins, et les droits de suite (les rediffusions) peuvent dépasser le cachet initial sur une pub qui roule longtemps.
La partie que presque personne ne connaît, et qui est une bonne nouvelle : depuis le 1er janvier 2016, un minimum de 25 % du cachet et des droits de suite d'un artiste de moins de 18 ans est retenu et investi en son nom dans le Fonds enfants-artistes, administré par la Caisse de sécurité des artistes. L'argent est placé dans des véhicules sécuritaires, du type certificat de placement garanti, et la retenue cesse à 18 ans. La retenue ne s'applique pas aux contrats de figuration conclus sous l'entente UDA-AQPM.
Traduction pratique : un quart de ce que votre enfant gagne ne vous appartient pas, ne vous appartiendra jamais, et l'attend à sa majorité. C'est une protection, pas une taxe. Et c'est un excellent argument pour aborder le sujet de l'argent calmement à la maison.
Ne construisez pas de plan financier familial là-dessus. Le revenu d'emploi médian des artistes au Québec était de 26 631 $ en 2020. Pour un enfant, le travail est occasionnel par définition.
Faut-il la carte UDA pour un enfant ?
Non, pas pour commencer, et c'est presque toujours l'inverse qui se produit : c'est le contrat qui mène à la carte, pas la carte qui mène au contrat.
Un enfant entre par le statut de permissionnaire : il n'est pas membre, mais l'UDA lui délivre un permis de travail pour un engagement précis. Chaque contrat UDA exécuté accumule des crédits. Ensuite viennent le membre stagiaire, puis le membre actif à 30 crédits.
L'enfant qui joue dans une publicité ce printemps sera donc permissionnaire, tout simplement. Vous n'avez rien à faire d'avance.
Faut-il des cours de théâtre pour enfants ?
Les cours aident, mais pas pour la raison que vous pensez. Ils ne font pas décrocher de rôles. Ils font trois choses beaucoup plus utiles : ils vérifient que l'enfant aime vraiment ça, ils le rendent à l'aise devant une caméra et un adulte inconnu, et ils lui donnent un endroit où l'échec n'a aucune conséquence.
Un cours de théâtre n'est pas la même chose qu'un cours de jeu devant la caméra. Le théâtre enseigne le corps, la voix, la présence. La caméra enseigne la retenue, le raccord, le fait de refaire dix fois la même chose. Les deux sont bons. Ils ne préparent pas à la même audition.
Méfiez-vous du cours vendu comme un raccourci. Si le cours promet une rencontre avec des agents, une « soirée découverte » devant un panel ou un accès privilégié à des castings, ce n'est plus un cours. C'est un canal de vente.
C'est quoi une self-tape, et comment en faire une avec un enfant ?
Une self-tape est une audition filmée à la maison et envoyée au directeur de casting. C'est aujourd'hui le format d'audition le plus courant, et savoir en faire une correctement vaut plus qu'une année de cours.
Le nécessaire tient en cinq points :
- Un mur uni, gris, beige ou bleu pâle. Pas de cuisine, pas de chambre d'enfant, pas d'affiches.
- La lumière devant, pas derrière. Fenêtre en face de l'enfant. Une fenêtre dans le dos, et on ne voit qu'une silhouette.
- Le son avant l'image. Un téléphone à deux mètres dans une pièce silencieuse bat une belle caméra dans une pièce qui résonne. Fermez la ventilation.
- Cadrage à la poitrine, caméra à la hauteur des yeux de l'enfant, donc plus bas que vous ne le pensez. Filmez à l'horizontale.
- Vous donnez la réplique, juste à côté de l'objectif, à voix basse. On doit vous entendre un peu, pas autant que l'enfant.
Deux prises, la meilleure envoyée, fichier nommé Prénom-Nom_Rôle_Production.mp4. N'ajoutez ni musique, ni titre, ni montage. Et ne faites pas répéter votre enfant vingt fois : la troisième prise est presque toujours meilleure que la douzième.
La question que les parents n'osent pas poser
Est-ce que c'est bon pour mon enfant ?
Ça peut l'être énormément. Le plateau enseigne la ponctualité, la concentration, le travail d'équipe et le fait de recevoir une direction sans le prendre personnel. Ce sont des choses que j'ai apprises à 14 ans sur un tournage et qui me servent tous les jours, bien au-delà du jeu.
Mais ce métier est fait de refus, et un enfant ne fait pas la différence entre « on cherchait plus grand » et « je ne suis pas assez bien ». C'est vous qui devez faire cette traduction, chaque fois.
Trois règles, du point de vue de celui qui était l'enfant :
- Ne dites jamais à l'enfant pourquoi il n'a pas eu le rôle si vous ne le savez pas. Dites « ils cherchaient autre chose », c'est vrai neuf fois sur dix.
- L'école passe avant, et ça se dit à voix haute, devant l'enfant, devant l'agence, devant la production.
- Le jour où il n'a plus envie d'y aller, on arrête. Sans négocier. C'est votre seule véritable protection contre tout le reste.
Sources
- CNESST, Jeunes de moins de 14 ans
- Loi sur l'encadrement du travail des enfants (projet de loi 19), sanctionnée le 1er juin 2023
- Protecteur du citoyen, Travailler à 14 ans : que permet la loi ?
- Union des artistes, Agents artistiques et Qui peut devenir membre ?
- Union des artistes, Fonctionnement du Fonds enfants-artistes
- Code de déontologie de l'Association québécoise des agents artistiques (AQAA)
- Étude Castflow menée auprès de 148 acteurs et actrices du Québec, août et septembre 2026
Cet article ne constitue pas un avis juridique. Pour un cas particulier, adressez-vous à la CNESST ou à un conseiller juridique.

